Une alerte d’une rare gravité secoue actuellement le domaine médical français concernant le nicorandil, un médicament couramment prescrit pour l’angine de poitrine. Des cas graves d’ulcérations, parfois mortelles, ont été signalés, suscitant une importante inquiétude parmi les professionnels de santé et les patients. Quel est ce médicament, quels dangers représente-t-il et pourquoi son retrait est-il aujourd’hui réclamé avec insistance ?
Le nicorandil : un traitement encore largement prescrit malgré ses risques
Le nicorandil est utilisé en France pour traiter l’angor stable, une douleur thoracique liée à une insuffisance de la circulation sanguine au cœur. Son principal rôle est d’améliorer l’irrigation cardiaque en dilatant les artères, soulageant ainsi les symptômes et réduisant les risques d’insuffisance cardiaque ou d’infarctus. Il est généralement prescrit lorsque d’autres traitements classiques, tels que les bêtabloquants ou les inhibiteurs calciques, sont inefficaces ou mal tolérés.
En 2024, près de 71 000 patients en France ont reçu ce médicament, avec près d’un million de boîtes remboursées. Malgré son statut théorique de traitement de « dernier recours », le nicorandil reste donc largement utilisé, ce qui soulève des questions face aux alertes répétées sur ses effets secondaires graves.
Des ulcérations graves et douloureuses : un effet secondaire longtemps sous-estimé
Depuis la fin des années 1990, des cas d’ulcérations chroniques sont associés à la prise de nicorandil. Ces lésions peuvent toucher la peau, en particulier les membres inférieurs, ainsi que les muqueuses de la bouche, de l’intestin, de la région anale ou génitale, et plus rarement l’œil. Ces ulcères sont non seulement douloureux, mais aussi très difficiles à cicatriser.
Le plus inquiétant est que ces lésions peuvent évoluer vers des complications sérieuses telles que la perforation d’organes, la formation de fistules, des abcès ou des hémorragies digestives. Plusieurs cas mortels ont été rapportés, notamment des perforations digestives induites par ces ulcérations, ce qui renforce la gravité de la situation.
Un signal d’alarme qui persiste depuis plus de deux décennies
La découverte des premiers cas d’ulcérations liées au nicorandil remonte à plus de vingt ans. Depuis, de nombreuses recommandations et mises en garde ont été émises, notamment des modifications des notices du médicament, des restrictions d’utilisation, ainsi que des lettres d’information destinées aux professionnels de santé en 2012, 2015 et tout récemment en 2025.
Malgré ces mesures, les signalements d’effets indésirables graves ne cessent de revenir. Entre 2017 et 2024, 62 cas d’ulcérations ont été répertoriés en France, et ce chiffre est probablement sous-estimé. Cette situation récurrente alimente une inquiétude croissante, notamment auprès de la revue indépendante Prescrire, qui réclame un retrait complet du nicorandil.
Un médicament désormais considéré comme plus dangereux qu’utile
Selon les autorités sanitaires, dont l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), le nicorandil conserve une utilité dans certains cas très précis, particulièrement pour des patients ne pouvant pas supporter les traitements de première intention. Cependant, la revue Prescrire met en lumière un déséquilibre évident entre les bénéfices et les risques du médicament, soulignant que d’autres alternatives thérapeutiques existent.
Face aux complications sévères signalées, la revue a adressé une lettre ouverte aux autorités sanitaires françaises demandant le retrait immédiat du nicorandil. Cette démarche s’appuie notamment sur une récente étude française qui a recensé plusieurs cas graves et a alerté sur la sous-estimation du nombre réel de patients affectés.
Reconnaître les signes d’alerte pour une prise en charge immédiate
Plusieurs symptômes doivent alerter les patients sous nicorandil ainsi que leurs médecins : l’apparition d’ulcères sur la peau ou les muqueuses, des douleurs inhabituelles dans la bouche, l’abdomen ou la région anale, des saignements digestifs ou un amaigrissement inexpliqué. Dès la survenue de ces signes, il est impératif d’interrompre le traitement et de consulter rapidement un professionnel de santé.
Ces ulcérations sont souvent chroniques et ne guérissent pas lorsque le médicament est maintenu. Une vigilance particulière s’impose également en raison des interactions médicamenteuses. Par exemple, la prise simultanée de nicorandil avec certains anti-inflammatoires, aspirine à forte dose ou corticoïdes peut aggraver les risques d’ulcérations et de complications digestives sévères.
Le débat autour du nicorandil illustre l’équilibre complexe entre l’efficacité thérapeutique attendue et les effets secondaires potentiellement dramatiques. À l’heure où la sécurité des patients est une priorité, ces controverses alimentent une réflexion importante sur la menace que représentent certains traitements encore trop présents dans les prescriptions malgré leurs dangers avérés.
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